Bagan l’irréelle…

Dimanche 5 juin, nous quittons Mandalay au centre du Myanmar, pour rejoindre la ville de Bagan, plus à l’ouest, et anciennement appelé Royaume de Pagan (Oui avec un P). Pour une fois c’est un trajet en bus assez court (sous entendu moins de 7 heures… Notre perception du temps et des distances a bien changé) qui nous attend.

Nous partons donc en début d’après-midi et arrivons à la tombée de la nuit. Nous entrons dans la ville de Nyaung U, point de départ touristique de la région de Bagan. Je suis le trajet sur mon GPS et je remarque que le bus passe non loin de notre auberge. Je demande au chauffeur si l’on peut descendre et il s’arrête rien que pour nous. On est à seulement quelques pas. On récupère nos sacs dans le coffre arrière de bus et là Ô malheur. Habituellement on met des housses sur nos sacs pour les protéger de l’état souvent bien sale des soutes, mais là, pressés, on ne l’a pas fait. Et le sac de Tom est trempé. Il a tellement plu sur la route que son sac écrasé contre la porte du coffre a tout pris. Arrivés dans notre chambre on constate les dégâts… Tout, absolument tout est imbibé d’eau et de boue. Pas le temps de se plaindre, on descend dans une des salles de bain communes, minuscule, et on lave. Autant vous dire qu’on est pas fana du lavage de linge à la main mais après des mois sans machine, on a pris le pli et on s’attelle à la tâche tous les 2-3 jours pour ne pas avoir trop de linge d’un coup. Autant dire que là, c’est foutu. Même si notre garde robe est réduite, c’est déjà bien assez quand on doit laver sous la douche et faire sécher sur un bout de fil dans sa chambre.

La corvée accomplie, on sort découvrir la ville (enfin la rue) et manger un morceau. On ne se couchera pas tard, car le lendemain, une grande aventure nous attend.

Un peu d’histoire :

Bagan est le site archéologique les plus important du Myanmar et l’un des plus grands sites historiques en Asie du Sud-Est. Il compte autant de temples de briques rouges réunis sur une plaine peu étendue, que toute l’Europe possède de cathédrales médiévales. Il témoigne de la grandeur passée des rois de Bagan, qui régnèrent de 300 à 1300 après J.-C. sur le « premier Empire birman ».

Le peuplement dans la région de Bagan a probablement commencé à la moitié du IXème siècle. A cette époque, le bouddhisme ne jouait pas encore un rôle important dans le pays. Mais en 1044, le roi Anawratha fonde le Royaume de Pagan. Le roi, converti au bouddhisme Theravada (une branche ancienne du bouddhisme, plus proche du bouddhisme primitif que celui que l’on connaît aujourd’hui) décida de propager sa philosophie bouddhique et commença une campagne massive pour construire des milliers de temples, de pagodes et autres monuments. Il souhaitait créer un royaume à la hauteur de Bouddha.

En seulement 230 ans, lui et ses successeurs érigèrent près de 10 000 temples. Aujourd’hui, on en compterait 2834 qui subsistent dont de nombreux en ruines.

L’ascension de Bagan coïncide donc avec l’apparition du bouddhisme Theravada, resté depuis lors la confession principale du pays, qui prit la relève, à l’époque, du bouddhisme Mahayana aux influences hindouistes.

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L’empire déclina vers 1300, juste avant l’invasion par les Mongols. Au fil des ans, le manque d’entretien, les pillages, l’érosion et, surtout, le tremblement de terre de 1975, ont abîmé ces monuments. Désormais on ne peut voir que les édifices religieux, car aucun des bâtiments séculiers (demeures, marchés, écoles) n’a survécu aux temps. Même s’il ne s’agit pas vraiment d’une question d’années écoulées car en réalité, c’est le développement du tourisme qui a entrainé de lourds sacrifices pour les birmans. Du jour au lendemain, à la fin des années 1980, l’armée a chassé les habitants du Vieux Bagan et des travailleurs forcés ont été massivement utilisés afin d’y construire des infrastructures touristiques.

Le Vieux Bagan est désormais une zone archéologique, avec des reconstitutions artificielles. De nombreux hôtels qui y sont implantés sont en lien direct avec le gouvernement et donc la junte. Evidemment, ils sont à éviter. Vous aurez compris pourquoi si vous avez lu l’article sur le Myanmar et son histoire. D’ailleurs il faut savoir qu’un doit d’entrée gouvernemental de 20$ est demandé pour accéder au site de Bagan. Il est à payer à l’arrivée du bus dans la ville. Mais tout innocemment nous l’avons évité. Et oui, comme je vous ai raconté plus haut, nous avons demandé à descendre du bus avant qu’il n’arrive à la station. Du coup, personne ne nous a rien demandé. Bon en vérité, le lendemain, devant le temple d’Ananda, le plus célébre, un garde nous a contrôlé. Mais avec ma tête de gamine et mes excuses sincères d’avoir oublié nos tickets à l’hôtel, il nous a laissé passer et on n’a plus jamais croisé personne. J’avoue, normalement c’est pas bien de tricher. Mais là, on a filouté un gouvernement corrompu, alors c’est plus comme un acte militant nan ?

Couvrant une plaine de 67 km2, Bagan est un spectacle merveilleux. Sur notre scooter électrique, on serpente à travers une plaine sur laquelle se dresse une myriade d’édifices de briques rouges. De ci de là, à gauche comme à droite, il y’en a partout. On ne sait plus où donner de la tête.

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On traverse des hectares de forêt, de champs et des chemins sablonneux. Partout, des temples majestueux se dressent, comme fiers d’avoir traversé le temps. Certains courbent l’échine, en ruines, parfois même avalés par la nature, ce qui leur confère un charme tout particulier.

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Après avoir franchi la porte de Sarabhâ, vestige du IXème siècle, on peut admirer une vue d’ensemble de la vieille ville du haut du temple Thatbyinnyu, avant de découvrir le temple Ananda, au sud, l’un des temples les plus vénérés (un peu trop restauré).

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Temple Thatbyinnyu

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Temple Thatbyinnyu

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Temple Ananda

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Un des grands bouddhas du temple Ananda

Dans leur antre sombre, c’est à la lueur de notre lampe torche qu’on atteint le précieux bouddha doré qui y sommeille depuis tant d’années, ainsi que les fresques sacrées. Le peu d’ouvertures sur l’extérieur n’ont pas laissé, depuis tout ce temps, les rayons du soleil s’infiltrer, préservant ainsi quelques magnifiques peintures.

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Nous nous enfonçons dans les couloirs sombres des « paya » afin de nous empreindre de l’ambiance mystique qui règne. Chaque mur, chaque creux, chaque corneille ont été peints et sculptés méticuleusement et racontent l’histoire du roi et de Bouddha. Bagan a cela aussi de merveilleux et d’assez unique : toutes les périodes du courant bouddhistes sont entremêlées dans ces vestiges. Bagan est donc à juste titre un véritable joyau, une perle rare aux yeux des passionnés d’histoire et d’archéologie. Pour nous, simples curieux, arpenter les couloirs ensablés de quelques temples piochés au hasard fut le début d’une vraie aventure.

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Nous caressons de nos pieds nus les pierres rugueuses et froides des temples de Bagan. Dans l’obscurité des pyramides centenaires, l’on découvre parfois un birman agenouillé pour prier, ou bien des offrandes déposées là il y a plus ou moins longtemps. Ici, les prières ne s’adressent ni à un dieu ni à aucune entité supérieure.  Non, la prière bouddhiste vise à soulager les esprits en tirant parti des enseignements de Bouddha. Il s’agit plutôt de méditation et d’expression d’intentions bienveillantes qui permettrait de soulager les souffrances.

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Bagan possède plus ses 3000 temples et probablement le triple de statues de Bouddha. Tous sont visités un jour par un birman venu se recueillir. Il règne sur ce site archéologique une impression agréable que ce ne sont pas nous, touristes, qui le maintenons en vie, mais que ce sont les habitants qui lui donnent une âme.

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Bagan a beau être le site touristique majeur du Myanmar, son étendue est telle que nous sommes presque toujours seuls au milieu des temples, avec cette douce impression que l’endroit n’est qu’à nous. Comme si nous étions les premiers à fouler cette terre poussiéreuse. On se sent comme dans une carte postale, tout est beau, tout est envoutant. C’est un moment magique que nous n’oublierons jamais.

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Au hasard de notre route, on rencontre un village, celui de Minnanthu.

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Ici, le temps semble s’être arrêté. Les habitants vivent dans des cabanes tressées et circulent en charrette. Les cochons grognent et les chevaux hennissent. Tout est calme. Quelques visages souriants apparaissent aux portes ou aux fenêtres.

A l’entrée du village, on entend des enfants réciter. C’est une école primaire. Nous sommes curieux, la cour est grande ouverte. On y entre à pas feutrés pour écouter les petites voix en chœur.

 

L’institutrice nous sourit, et nous invite à entrer.

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Dans une des classes, c’est l’heure de l’interrogation orale. Chacun leur tour, les élèves se mettent debout sur leur chaise et récitent leur leçon. La maitresse demande à une jeune élève d’aller lui chercher de l’eau et celle-ci s’exécute avec le plus grand respect. A côté, cela semble être un court de soutient. Certains élèves filent en récréation tandis que d’autre finissent leur devoir avec l’aide de leur enseignante.

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Dans la cour, les sourires sont d’abord timides, puis peu à peu, appareil photo aidant, c’est la cohue.

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Nous partitions de nous même car l’agitation commence à être un peu trop forte. Un dernier au revoir, et nous reprenons notre route à travers la campagne.

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Les temples, on pourrait les explorer tous mais je crois qu’il faudrait toute une vie. Alors, ce sentiment de totale liberté au cœur, nous traversons les campagnes et découvrons toujours plus de ce royaume oublié.

Selon nos envies, nous changeons de direction, nous roulons face au vent et les yeux brillants. Au bord des chemins, une succession de pagodes. Parfois nous nous arrêtons découvrir l’intimité d’un temple ou montons sur les hauteurs de celui-ci nous enivrer de vues spectaculaires qu’offre Bagan l’irréelle. Du regard, nous balayons cette terre infinie à la quantité invraisemblable de temples, mégalomanie d’un roi voulant convertir tout un peuple à un bouddhisme encore parfaitement vivant de nos jours. Bagan est un site à la fois magique et plus vrai que jamais. Histoires entremêlées de mystères, de passions et de dévotions. Je tremble rien qu’en embrassant du regard cette vison panoramique sur les plaines. Instant… surréaliste.

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Chaque pierre est marquée par le temps. Chaque sculpture a subi les ravages du climat et des catastrophes géologiques. Même si Bagan a fait l’objet de plusieurs rénovations par l’UNESCO, il n’a pas l’aspect lisse, tape à l’œil et brillant. Les dalles sont cabossées, la poussière recouvre les chemins et les peintures s’effritent. Nous déambulerons deux jours durant, humblement sur ce sol sacré, à la découverte des secrets de Bagan, sur des terrains que l’on pourrait croire jamais fréquentés. Bagan a cela de magique : il n’est pas un site parfait. Il ne reste pas grand chose de sa splendeur d’antan. Ses fissures sur les murs, sa peinture à demi-effacée ou ses toiles d’araignée sur les grilles et même sur Bouddha… Et pourtant, ô combien il est grand dans nos cœurs. Je sais qu’il nous reste encore de nombreuses merveilles à découvrir durant notre voyage autour du monde, mais une chose est sûr, Bagan est et restera l’une des plus belles rencontres de notre vie. Elle me manque déjà. Je n’ai qu’une hâte, reprendre les routes poussiéreuses au milieu de ces milliers de temples immortels.

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